Umbral, au seuil de l’ombre, 2011

Umbral - 2011
Umbral – 2011

Un corps, qui n’est plus qu’en partie dans l’espace de représentation, vacille, trébuche, hésite sur le seuil de l’ombre.
A l’instar du seuil entre deux pièces, habituellement perçu comme une ligne au sol, nous percevons et réduisons l’ombre à sa projection manifeste sur une surface.
Je tente d’étendre l’acception de l’ombre au volume sombre, un entre-deux, entre le corps et la surface ombrée.
La dichotomie entre le corps et l’ombre, apparemment factuelle par l’emploi du format diptyque, n’a pas pour projet d’opérer une fracture mais bien d’établir un seuil, lieu de leur union, afin d’en explorer l’entour.

De cet espace tridimensionnel de l’ombre, sourdent d’autres corps, d’autre possibles.

Patrick Laurin, Paris 2011

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Absences, 2007

Texte présentés lors d’une exposition à Bois Colombes en 2007

Absence : Substantif féminin (XIIIe siècle), du latin absentia : « ce qui est (ab-) au loin » ; l’absence est « ce qui a une existence avérée (ce n’est pas une illusion), mais qui (abest) est ailleurs »

Il est ici question d’éloignement spatial ou temporel d’un élément existant (présent, passé ou futur). L’évocation d’absence induit une manifestation, fugace, de présence.
L’absence, ressentie premièrement comme un manque, devient la condition initiale du désir, appel tendu vers une présence attendue, qui se nourrit du souvenir de la présence passée.
Dans un entre-deux se dessine un manque, un vide d’où peut émerger un désir, une attente. Une absence s’organise. Commence une quête dont l’objet m’est inconnu.
Si la nature figurative de mon travail s’organise autour d’une description détaillée, un cadrage resserré sur une main aux dimensions extra-ordinaires tente de la détourner d’un geste signifiant.
Notre main est quotidiennement engagée dans un langage non verbal. Elle souligne ou contredit notre discours. Je cherche alors à la soustraire de ce rôle de sous-titrage et tente de l’engager dans un geste inédit et ouvert.
Le texte de Rilke* a nourri ma démarche dans son évocation d’une forme nouvelle, autre, qui se recrée dans la rencontre réflexive de deux éléments sensibles. Voir sans être vu est possible. être touchant et être touché coexistent dans la simultanéité.
Entre sensoriel et sensuel se creuse une attente, un désir, un souvenir, une réminiscence. Le « touchant-touché » a-t-il eu lieu, ou bien la rencontre est-elle à venir ? Je questionne cette incertitude dans un entre-deux, parfois ténue, de corps qui s’effleurent.

« Umbral » [seuil], lieu d’équilibre où s’ouvre une absence, un espace pour une présence à venir…

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« une main qui se pose sur l’épaule ou la cuisse d’un autre corps n’appartient plus tout à fait à celui d’où elle est venue : elle et l’objet qu’elle touche ou empoigne forment sensemble une nouvelle chose, une chose de plus qui n’a pas de nom et n’appartient à personne. »
R. M. RILKE
Œuvres, « Auguste Rodin »

…Sur certains sites archéologiques existent des lieux singuliers qui manifestent de la présence de « l’homo faber ». L’archéologue André Leroy-Ghouran, les nomme « vestiges négatifs ». En ces lieux, alors que tout autour l’on trouve d’infimes restes d’une activité de « l’artisan » tailleur de silex, il existe parfois un espace sans aucune trace. L’homme y « fabrique » les premiers outils, installé sur une peau. Ce fragment de terre, protégé, ne reçoit aucun rebus de la pierre taillée. Au sein du site qui atteste du passage de l’homme par de nombreux signes, cet espace matérialise une « absence », vestige négatif, d’une présence de l’homme en acte.

Patrick Laurin
Paris, le 10 janvier 2007

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Ipseidad, 2015

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Dans la série « Umbral » [seuil], dans la rencontre entre corps et ombre, j’explorais ce lieu d’équilibre où s’ouvrent une absence, un espace pour une présence à venir.

Actuellement, je poursuis ma recherche dans l’entour de l’ombre avec cette nouvelle série « Ipseidad »[ipséité] : une présence semble sourdre et se démultiplier au point de rencontre entre un corps et « l’autre » de l’ombre…

Patrick Laurin,
Paris, 2015

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« Blanc », 2016

50x50 cm pierre noire, cire et pigments
ipseidad 33, 2015, 50×50 cm, pierre noire, cire et pigments

Extrait d’un poème d’Octavio Paz, accompagnant mes peintures dans le cadre de l’exposition « Bleue comme une Orange » à Tulles

Blanc
[…]
tu tombes de ton corps à ton ombre   et rien que dans mes yeux
dans une chute immobile de cascade    le ciel le sol se joignent
tu retombes de ton ombre à ton nom    intangible horizon
tu te précipites sur tes ressemblances   je suis tes lointains
tu retombes de ton nom à ton corps     l’au-delà du regard
dans un présent qui ne finit pas   les imaginaires du sable
tu retombes en ton commencement    les fables dissipées du vent
dispersée dans mon corps    moi le dieu écartelé
tu me divises en tes parties   autel et la pensée et le couteau
ventre théâtre du sang   axes des solstices
lierre arboréenne langue tison de fraîcheur   le firmament mâle et femelle
le tremblement de terre de tes flancs   témoins ces testicules solaires
la pluie de tes talons sur mes épaules   pensée phallus et vulve la parole
œil jaguar dans le fourré des cils   l’espace est corps signe pensée
la faille rouge en sa broussailles   toujours deux syllabes amoureuses
les lèvres noires de la prophétesse   Divination
entière en chaque part de toi tu te partages   spirales transfigurations
ton corps ce sont tous les corps de l’instant   le temps est corps le monde
vu touché évanoui   pensée sans corps le corps imaginaire
[…]

Octavio Paz

vers Galerie Ipseidad

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