Absences, 2007

Texte présentés lors d’une exposition à Bois Colombes en 2007

Absence : Substantif féminin (XIIIe siècle), du latin absentia : « ce qui est (ab-) au loin » ; l’absence est « ce qui a une existence avérée (ce n’est pas une illusion), mais qui (abest) est ailleurs »

Il est ici question d’éloignement spatial ou temporel d’un élément existant (présent, passé ou futur). L’évocation d’absence induit une manifestation, fugace, de présence.
L’absence, ressentie premièrement comme un manque, devient la condition initiale du désir, appel tendu vers une présence attendue, qui se nourrit du souvenir de la présence passée.
Dans un entre-deux se dessine un manque, un vide d’où peut émerger un désir, une attente. Une absence s’organise. Commence une quête dont l’objet m’est inconnu.
Si la nature figurative de mon travail s’organise autour d’une description détaillée, un cadrage resserré sur une main aux dimensions extra-ordinaires tente de la détourner d’un geste signifiant.
Notre main est quotidiennement engagée dans un langage non verbal. Elle souligne ou contredit notre discours. Je cherche alors à la soustraire de ce rôle de sous-titrage et tente de l’engager dans un geste inédit et ouvert.
Le texte de Rilke* a nourri ma démarche dans son évocation d’une forme nouvelle, autre, qui se recrée dans la rencontre réflexive de deux éléments sensibles. Voir sans être vu est possible. être touchant et être touché coexistent dans la simultanéité.
Entre sensoriel et sensuel se creuse une attente, un désir, un souvenir, une réminiscence. Le « touchant-touché » a-t-il eu lieu, ou bien la rencontre est-elle à venir ? Je questionne cette incertitude dans un entre-deux, parfois ténue, de corps qui s’effleurent.

« Umbral » [seuil], lieu d’équilibre où s’ouvre une absence, un espace pour une présence à venir…

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« une main qui se pose sur l’épaule ou la cuisse d’un autre corps n’appartient plus tout à fait à celui d’où elle est venue : elle et l’objet qu’elle touche ou empoigne forment sensemble une nouvelle chose, une chose de plus qui n’a pas de nom et n’appartient à personne. »
R. M. RILKE
Œuvres, « Auguste Rodin »

…Sur certains sites archéologiques existent des lieux singuliers qui manifestent de la présence de « l’homo faber ». L’archéologue André Leroy-Ghouran, les nomme « vestiges négatifs ». En ces lieux, alors que tout autour l’on trouve d’infimes restes d’une activité de « l’artisan » tailleur de silex, il existe parfois un espace sans aucune trace. L’homme y « fabrique » les premiers outils, installé sur une peau. Ce fragment de terre, protégé, ne reçoit aucun rebus de la pierre taillée. Au sein du site qui atteste du passage de l’homme par de nombreux signes, cet espace matérialise une « absence », vestige négatif, d’une présence de l’homme en acte.

Patrick Laurin
Paris, le 10 janvier 2007

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