Les mains, 2000

Séquence
Séquence

Les mains de Patrick Laurin évoquent les mains des planches de l’Encyclopédie. Comme le dit si bien Roland Barthes dans Le degré zéro de l’écriture, ces mains proposent « un monde sans peur », elles sont sans doute le symbole d’un monde artisanal mais au-delà de l’artisanat, c’est de l’essence humaine que les mains sont fatalement le signe, et il ajoute « on n’en finit pas facilement avec la civilisation de la main ».

Cependant les mains de Patrick Laurin ne montrent ni manivelle ni machine ni instrument, elles montrent plutôt comment les mains – en deçà de leur statut de chiffre de l’humaine espèce – sont en peau et comment la peau humaine rejoint la peau ô combien humaine : dans l’hésitation d’une parole (mains-enveloppe d’un buste qui se donne à écouter), dans l’apposition d’un point de vue qui cadre l’espace incertain d’un flanc, dans la pause d’une caresse qui se lit comme une quête de l’origine, dans la crispation d’une identité qui se poigne à bras-le-corps, dans la trêve des mains qui écoutent – pacifiques – à deux genoux, enfin dans la superbe douceur de l’index qui dessine une ligne dans le dessin.

Ces mains donnent à aimer comme certains textes donnent à penser. On n’en finit pas si facilement avec ce que la main tend : civilité, générosité, amour.

Véronique LE RU
philosophe
décembre 2000

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