Exposition « MULTIPLES »

KITAOKA – TAT – LAURIN – LANEVE – 10-11-12 juin & 17-18-19 juin 2016

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Nous sommes très impatients de vous accueillir dans nos ateliers pour ces 2 week-ends artistiques devenus désormais notre RDV annuel incontournable !

Cette année nous avons invité l’artiste Tomoko Kitaoka avec laquelle nous avons organisé des stages lui permettant de transmettre les fondements de la teinture naturelle, son art de prédilection. Elle s’est formée à cet art ancien et fascinant au Japon, son pays natal, en Indonésie et en France où elle réside et travaille.

MULTIPLES est le titre qui résume et rassemble nos croisements créatifs, nos recherches et le travail ici exposé.

Le programme est dense et intéressant!
Exposition d’art plastiques : Tomoko Kitaoka, Patrick Laurin et Alessandra Laneve
Ensemble de violoncelles : Véronique Tat et ses brillants élèves : Martine, Richard, Marie
Performances : musique et peinture avec Véronique Tat et Alessandra Laneve

Horaires
Vendredi 18h à 22h : vernissages !
Samedi 14h à 19h : visite des expositions (les artistes seront présents) – 15h : ensemble de violoncelles
Dimanche 14h à 19h : visite des expositions (les artistes seront présents) – 15h : performance – musique et peinture

On vous attends nombreux !

Cerce collectif : 20 Rue Pixérécourt 75020 Paris

télécharger l’invitation et le programme en format A4 imprimable

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Ipseidad polyptique, multiple d’ombre…

Ipseidad, polyptique, 2015, 150 x 150 cm, mixte sur papier chiffon
Ipseidad, polyptique, 2015, 150 x 150 cm, mixte sur papier chiffon

A partir de cette réalisation, la série ipseidad trouvera peut-être une évolution vers le multiple…

La mise en œuvre de la forme polyptique ouvre la voie à des grands formats jusqu’à lors peu accessibles avec la technique de la cire.

La fragmentation de l’espace que j’explorais dans la série Umbral – où l’ombre se déployait sur un espace contigu – exacerbait l’ombre comme entité. La fragmentation des ombres en multiple est à explorer…
work in progress…

Une insondable obscurité, 2009

IPSEIDAD 1
IPSEIDAD 1

Patrick Laurin était un traqueur de réel, fouillant avec minutie en quoi chaque pli de la main, des mains, de leurs mouvements ébauchés, pris sur le vif, se révélaient instantanés de destinée.  Peu à peu, dans la suite logique des années de travail sur la main et ses gestes comme métonymie du tout que nous sommes, et d’une recherche picturale sur l’absence (série ausencia) qui a naturellement amené Patrick Laurin à contempler les projections de la main puis les projections du corps.

« Contemplation », c’est la définition même que Schopenhauer donne de l’art : « La contemplation des choses, indépendante du principe de raison« .

La contemplation n’est pas se laisser aller à une impression fugace. Le peintre continue de scruter avec rigueur mais cette fois c’est l’ombre qu’il contemple en train de s’enfuir comme si elle ne laissait pas attraper comme ça. Car, encore davantage que la main dont on peut croire qu’elle nous obéit (mais « la main du diable », « les mains d’Orlac » ou celle de la nouvelle de Gérard de Nerval nous révèlent que nos pouvoir sur elle(s) sont illusoires), l’ombre échappe à notre vigilance. Elle se tapit dans sa propre ombre et nous avons le tort de l’oublier alors qu’elle conspire peut-être dans notre dos. L’ombre est le fantôme dont certains pensent qu’il nous survivra, elle se fait discrète, elle est invisible à l’aveugle alors que le manchot hallucine sa chair manquante.

Et pourtant quand, par maléfice, elle nous quitte, nous errons à sa recherche, comme damnés (Peter Schlémil, Dracula,  « L’ombre » du conte d’Andersen ou « la femme sans ombre » de Richard Strauss).

Est-ce pour cela que la nuit, on s’enveloppe la tête dans son ombre et on l’en protège ses mains sous les draps comme si elle pouvait leur porter atteinte ?

L’ombre se confond alors avec le corps dans une obscurité qui les englobe tous les deux cependant que l’esprit visite ses propres contrées secrètes.

« Dans la lumière parfois, et souvent avec, derrière eux, une insondable obscurité », écrit Rainer Maria Rilke à propos des personnages peints dans les tableaux traditionnels. Le défi de Patrick Laurin est de mettre ce fond (doit-on écrire ce fonds ?) obscur au premier plan comme si le corps qui s’y projette n’en serait que le reflet  concret.

La main, était métonymie de l’être, métaphorique de sa volonté d’emprise sur le monde ou de sa séduction de l’autre, mais voilà que l’ombre représente cet être comme une métaphore impalpable de son opaque.

L’ombre reflète « l’ample mélodie de l’arrière-fond » que cherche à saisir Rilke.*

L’ombre est notre au-delà du physique, notre métaphysique immanente. Patrick Laurin nous montre que nos activités s’accompagnent de l’ombre qui, sans substance, leur est pourtant consubstantielle. On ne peut quitter la proie pour l’ombre car l’ombre la double sans relâche liée à notre geste qui ne peut s’en rendre totalement maître.

Sa recherche picturale nous rappelle que nos actes qui sont des projets dans le faire et la temporalité, sont des tentatives (désespérées ?) de mordançage au monde, mais qu’elles ne doivent pas occulter l’occulte vertigineux du mystère qui leur est relié indissolublement.

A réunir, à réunifier pourrait-on dire, le corps et l’ombre, le concret du corps et l’obscur de l’ombre, il conjure les menaces de séparation et touche en fait au mystère de la chair qui est à la fois le montré et le caché, le vu et le senti, le corps pour autrui et l’indicible qui l’habite.

Jean-Pierre Klein,
Critique d’art, Directeur de l’Institut National d’Expression Art et Création
Paris 2009

*Rilke R. M., Notizen zur Melodie der Dinge (1898), Notes sur la mélodie des choses, Paris, Allia, 2008

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Mains, 2003

PL_L'absent VII&VIII, dyptique_2007_100x110(900px)Ce sont des mains d’artisan qui, même au repos, fabriquent des ponts ou tissent la trame de rêveries sereines : démultiplié le fil n’en est que plus ténu, fragile dans chacun des neuf morceaux mais robuste dans le vitrail tout entier qui se joue de la lumière pour iriser les mains dans un tissu moiré.

Le dyptique, à côté, affiche sa simplicité : juste un effet de bougé qui livre exactement le moment où la sensation est double quand la main gauche touche la main droite. Le trouble de se sentir exister juste par le toucher.

Véronique LE RU,
philosophe

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Umbral, au seuil de l’ombre, 2011

Umbral - 2011
Umbral – 2011

Un corps, qui n’est plus qu’en partie dans l’espace de représentation, vacille, trébuche, hésite sur le seuil de l’ombre.
A l’instar du seuil entre deux pièces, habituellement perçu comme une ligne au sol, nous percevons et réduisons l’ombre à sa projection manifeste sur une surface.
Je tente d’étendre l’acception de l’ombre au volume sombre, un entre-deux, entre le corps et la surface ombrée.
La dichotomie entre le corps et l’ombre, apparemment factuelle par l’emploi du format diptyque, n’a pas pour projet d’opérer une fracture mais bien d’établir un seuil, lieu de leur union, afin d’en explorer l’entour.

De cet espace tridimensionnel de l’ombre, sourdent d’autres corps, d’autre possibles.

Patrick Laurin, Paris 2011

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Absences, 2007

Texte présentés lors d’une exposition à Bois Colombes en 2007

Absence : Substantif féminin (XIIIe siècle), du latin absentia : « ce qui est (ab-) au loin » ; l’absence est « ce qui a une existence avérée (ce n’est pas une illusion), mais qui (abest) est ailleurs »

Il est ici question d’éloignement spatial ou temporel d’un élément existant (présent, passé ou futur). L’évocation d’absence induit une manifestation, fugace, de présence.
L’absence, ressentie premièrement comme un manque, devient la condition initiale du désir, appel tendu vers une présence attendue, qui se nourrit du souvenir de la présence passée.
Dans un entre-deux se dessine un manque, un vide d’où peut émerger un désir, une attente. Une absence s’organise. Commence une quête dont l’objet m’est inconnu.
Si la nature figurative de mon travail s’organise autour d’une description détaillée, un cadrage resserré sur une main aux dimensions extra-ordinaires tente de la détourner d’un geste signifiant.
Notre main est quotidiennement engagée dans un langage non verbal. Elle souligne ou contredit notre discours. Je cherche alors à la soustraire de ce rôle de sous-titrage et tente de l’engager dans un geste inédit et ouvert.
Le texte de Rilke* a nourri ma démarche dans son évocation d’une forme nouvelle, autre, qui se recrée dans la rencontre réflexive de deux éléments sensibles. Voir sans être vu est possible. être touchant et être touché coexistent dans la simultanéité.
Entre sensoriel et sensuel se creuse une attente, un désir, un souvenir, une réminiscence. Le « touchant-touché » a-t-il eu lieu, ou bien la rencontre est-elle à venir ? Je questionne cette incertitude dans un entre-deux, parfois ténue, de corps qui s’effleurent.

« Umbral » [seuil], lieu d’équilibre où s’ouvre une absence, un espace pour une présence à venir…

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« une main qui se pose sur l’épaule ou la cuisse d’un autre corps n’appartient plus tout à fait à celui d’où elle est venue : elle et l’objet qu’elle touche ou empoigne forment sensemble une nouvelle chose, une chose de plus qui n’a pas de nom et n’appartient à personne. »
R. M. RILKE
Œuvres, « Auguste Rodin »

…Sur certains sites archéologiques existent des lieux singuliers qui manifestent de la présence de « l’homo faber ». L’archéologue André Leroy-Ghouran, les nomme « vestiges négatifs ». En ces lieux, alors que tout autour l’on trouve d’infimes restes d’une activité de « l’artisan » tailleur de silex, il existe parfois un espace sans aucune trace. L’homme y « fabrique » les premiers outils, installé sur une peau. Ce fragment de terre, protégé, ne reçoit aucun rebus de la pierre taillée. Au sein du site qui atteste du passage de l’homme par de nombreux signes, cet espace matérialise une « absence », vestige négatif, d’une présence de l’homme en acte.

Patrick Laurin
Paris, le 10 janvier 2007

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Ipseidad, 2015

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Dans la série « Umbral » [seuil], dans la rencontre entre corps et ombre, j’explorais ce lieu d’équilibre où s’ouvrent une absence, un espace pour une présence à venir.

Actuellement, je poursuis ma recherche dans l’entour de l’ombre avec cette nouvelle série « Ipseidad »[ipséité] : une présence semble sourdre et se démultiplier au point de rencontre entre un corps et « l’autre » de l’ombre…

Patrick Laurin,
Paris, 2015

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« Blanc », 2016

50x50 cm pierre noire, cire et pigments
ipseidad 33, 2015, 50×50 cm, pierre noire, cire et pigments

Extrait d’un poème d’Octavio Paz, accompagnant mes peintures dans le cadre de l’exposition « Bleue comme une Orange » à Tulles

Blanc
[…]
tu tombes de ton corps à ton ombre   et rien que dans mes yeux
dans une chute immobile de cascade    le ciel le sol se joignent
tu retombes de ton ombre à ton nom    intangible horizon
tu te précipites sur tes ressemblances   je suis tes lointains
tu retombes de ton nom à ton corps     l’au-delà du regard
dans un présent qui ne finit pas   les imaginaires du sable
tu retombes en ton commencement    les fables dissipées du vent
dispersée dans mon corps    moi le dieu écartelé
tu me divises en tes parties   autel et la pensée et le couteau
ventre théâtre du sang   axes des solstices
lierre arboréenne langue tison de fraîcheur   le firmament mâle et femelle
le tremblement de terre de tes flancs   témoins ces testicules solaires
la pluie de tes talons sur mes épaules   pensée phallus et vulve la parole
œil jaguar dans le fourré des cils   l’espace est corps signe pensée
la faille rouge en sa broussailles   toujours deux syllabes amoureuses
les lèvres noires de la prophétesse   Divination
entière en chaque part de toi tu te partages   spirales transfigurations
ton corps ce sont tous les corps de l’instant   le temps est corps le monde
vu touché évanoui   pensée sans corps le corps imaginaire
[…]

Octavio Paz

vers Galerie Ipseidad

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